L'Église réformée d'Albi pour un nouveau cycle s'inscrivant dans son projet de vie avait choisi pour thème "L'Art et la Bible". Sept manifestations ont ainsi ponctué cette année 2009-2010.
Les Réformés ont un rapport singulier avec l’Art, ou avec les arts. Méfiance de servir deux absolus ? Non pas qu’il n’existât point d’artistes protestants, mais les arts sont peu présents dans le cadre cultuel. Architecture dépouillée des temples, absence d’images, musique réduite jusqu’à la fin du 19è siècle au seul chant (et par l’assemblée) des Psaumes.
Mais les Réformés peuvent-ils oublier que la Bible a inspiré musiciens, poètes, hommes de théâtre, peintres, sculpteurs ; qu’une parole, un témoignage, une louange peuvent être exprimés autrement que par les mots ? Notre nouvelle série de temps forts nous a conduit à réfléchir sur cette relation entre l’Art et la Bible, en dehors de nos cadres ecclésiaux ou cultuels.
Pierre Muller, pasteur à Castres, par la présentation du célèbre tableau de Rembrandt conservé au musée de l'Ermitage Le retour du fils prodigue a conduit le public dans un parcours biblique, artistique et spirituel. Biblique par la lecture du texte de Luc, artistique par la description minutieuse du tableau, spirituel par le témoignage d'Henri Nouwen (1932-1996) auteur d'un ouvrage sur ce que lui avait apporté cette œuvre de Rembrandt.
Hans Lung, pasteur animateur biblique, nous a fait (re-)découvrir Marc Chagall , peintre puissamment inspiré par la Bible, par sa double culture russe et juive. Chagall ne se prétend pas croyant, mais au-delà de la transgression de l’interdiction de représentation par l’image, met en scène sa propre lecture de la Bible. Jésus crucifié, seulement vêtu du châle de prière, est l’archétype du Juif persécuté. L’échelle de Jacob, associée aux scènes de pogroms, est la marque de l’espérance.
Par la présentation de leur nouveau spectacle "David et Bethsabée", Alain et Marion Combes nous ont rappelé que le théâtre est également une forme de témoignage du texte biblique. La mise en scène d' Alain Combes et l'interprétation d'Alain Portenseigne du texte de Jonas ont montré ont bien fait ressortir l'aspect à la fois tragique et comique de ce conte biblique.
Le cinéma n'a pas été absent: grâce à l'association Pro-Fil, le film sud-africain "Mon nom est Tsotsi " a permis un débat sur la rédemption, mais aussi la découvertes de nombreuses références à la Bible dans un film sur la violence.
Autre art présent en ce cycle : la musique. Le texte biblique a été illustré, commenté, interprété, souligné, et pas seulement dans un cadre liturgique. une "Promenade musicale" des œuvres inspirées par la Bible, de compositeurs essentiellement protestants allant du 17è au 20è siècles. Les œuvres jouées par l’ensemble composé par Geneviève Philip, soprano, Georges Philip, trompette et Christopher Hainsworth, orgue, ont montré plusieurs facettes de la mise en musique de la Bible: mélodie chantée reprenant le texte biblique (dans une traduction comme le Magnificat ou le Psaume 127: Nisis Dominus), adaptation (les psaumes mis en vers), texte s'inspirant de la Bible (le choral), ou illustration sans parole d'un épisode biblique (comme la sonate David & Goliath).
Se substituant au culte "traditionnel" une célébration artistique a conclus ce cycle: alternance de textes bibliques, de poèmes et de chants faisant référence à la Bible.