Méditations parues dans Le Lien Albigeois
 

56. Hiver 2012-2013

Noël dans la Bible :
la politique, la pauvreté et les étrangers !


Notre société a muselé, amadoué et bien sûr, commercialisé le message de Noël.
Chaque année, le temps de la trêve des confiseurs, nous mettons à l’écart la politique, la pauvreté et les étrangers.

 

La politique
Or, manifestement dans Matthieu, la Jérusalem du gouvernant Hérode s’oppose à la bourgade méconnue, Bethléem, où naît un gouvernant insignifiant aux yeux du monde. Et chez Luc, le bébé sur la paille défie déjà l’Empereur qui siège à Rome. Le message : la faiblesse, l’humilité sans force des petits et des petits commencements, en Dieu, contiennent un avenir bien plus solide et durable que tous les pouvoirs aussi forts et cruels ou puissants soient-ils.


Marie ne chante-t-elle pas : « Dieu a renversé les puissants de leur trône, il a élevé les humbles » (Lc 1,52)?

 

La pauvreté
Nous ne pourrons pas l’oublier ce 25 décembre alors que le nombre des repas servis par les associations explose. Et la France est pourtant la 5ème puissance mondiale ! Que dire alors des effets de la crise économique ailleurs ! Ou plutôt, de la totale inégalité dans la répartition des biens que Dieu nous donne sur la planète. A quand, donc, un vrai partage, prôné par l’enfant de la mangeoire devenu adulte ? Le partage et pas seulement la charité qui nous donne bonne conscience cinq minutes…


Marie ne chante-t-elle pas : « Dieu a rassasié de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. » (Lc 1,53) ?

 

Les étrangers
D’après Matthieu, les spécialistes ou les habitués de la Bible (moi ? vous ?) la lisent bien, mais cette lecture ne les bouge pas, ne les fait pas changer ni avancer. A l’inverse, des étrangers (les mages), eux, se saisissent du message et en vivent. La vitalité du Protestantisme français aujourd’hui doit beaucoup à l’apport des églises dites ethniques, d’origine africaines majoritairement.
Jésus bébé et ses parents se retrouvent eux-mêmes, immigrés, bénéficiant du droit d’asile en Egypte, fuyant un tyran (Math 2, 14). Un Christ donc corporellement solidaires des Tchétchènes ou des Syriens, réfugiés politiques d’aujourd’hui.

 

Bref, les récits de Noël mettent au centre ce que nous nous évertuons à oublier entre Noël et le jour de l’an, et peut-être même le reste de l’année.
Ils nous pressent de promouvoir en politique le goût du service et non l’attrait du pouvoir, en économie, le partage et la solidarité et non l’enrichissement. Ils nous invitent à savoir recevoir de l’étranger et à savoir le recevoir. Alors, mais alors seulement la joie et la lumière de Noël brilleront dans nos cœurs.

Pasteur Françoise Pujol 

 

55. Automne 2012

A VOS MARQUES, PRÈTS, PARTEZ…

 

Nous voici dans la dernière ligne droite. Après  la tenue du synode régional de l’Église Réformée de France en  Sud-Ouest, à Albi , qui fut plus court qu’habituellement, le samedi 27 et le dimanche 28 octobre à la salle municipale de Pratgraussals. Encore un grand merci à ceux, qui nombreux, se sont mobilisés pour l’accueil à domicile ) et pour le coup de main (installation, transports, service des repas, rangement…).

Si ce synode est moins long et se déroule plus tôt que les autres années, c’est qu’il est le dernier de l’Église Réformée de France en sud-ouest ! Juste après le synode, les églises locales réunies en assemblées générales adopteront leurs nouveaux statuts. Localement l’Église Protestante unie de France naîtra. Ainsi le dimanche 18 novembre, le conseil presbytéral vous invite à participer à l’assemblée générale et à « faire naître » l’Église Protestante unie de l’Albigeois. Vous  adopterez les nouveaux statuts de notre association cultuelle et élirez pour 4 ans l’ensemble des membres d’un nouveau conseil presbytéral.
Les institutions ecclésiales sont là pour permettre une bonne annonce de l’Évangile.

Ne perdons pas de vue l’essentiel : l’écoute de la Parole et le témoignage rendu à Jésus-Christ.

L’union de l’Église Réformée de France et de l’Église évangélique Luthérienne de France est en soi un témoignage, d’entente, de collaboration fraternelle, d’union pour mieux servir le Christ et les hommes de ce temps. A cette occasion, le conseil presbytéral d’Albi a décidé, après avoir recueilli l’avis de la dernière assemblée générale, de se lancer dans le projet proposé à toutes les églises locales:

"Écoute! Dieu nous parle... 
Élan 2013 pour une Église de témoins

 

54. Été 2012

L’Église protestante unie est en vue !

Le dernier synode national de l’Église Réformée de France s’est tenu simultanément avec celui de l’Église luthérienne (de son vrai nom : Église évangélique[1] luthérienne de France) à Belfort lors du week-end de l’Ascension.

Les synodes réunis ont voté les statuts de la nouvelle union nationale : l’Église protestante unie.

 

A l’automne prochain, après le dernier synode régional de l’ERF à Albi (!), nous déposerons à notre tour les nouveaux statuts de notre église locale (après adoption par l'assemblée générale  de l'église locale) : l’Église protestante unie de l’Albigeois (plus juste que « d’Albi », avons nous pensé en conseil presbytéral).

 

Une Église d’attestation

 

Dans leur message les deux présidents ont souligné l’importance d’être une Église d’attestation, une Église qui a un message spécifique et une façon propre de l’annoncer, et non une Église qui se définirait seulement comme « ni catholique, ni évangélique ».

 

Quatre repères pour définir cette Église d’attestation :

1-     L’affirmation d’une confiance reçue et partagée : c’est le fondement d’une théologie de la grâce.

2-     La lecture de la Bible met debout et nous rend acteur de notre histoire.

3-     L’importance des médiations (la communauté, la réflexion intellectuelle, …) contre le fantasme d’une saisie immédiate du divin.

4-     L’éloge de la sobriété dans l’expression de la foi et le rapport aux richesses.

 

Réjouissons-nous de cette union en vue d’un meilleur témoignage de l’Evangile !

                                                                        

 



[1]  Évangélique, au sans traditionnel depuis le XVIème siècle, et comme c’est toujours le cas en allemand, signifie « protestant » luthérien ou réformé. Le sens moderne, venu de l’anglais « evangelical » désigne les églises protestantes qui ne sont ni luthériennes, ni réformées : baptistes, pentecôtistes…

Pasteur Françoise Pujol

 

 

53. Printemps 2012
Pâques : Il est mort… Il est ressuscité !

Pâques est la plus grande fête chrétienne. C’est bien plus que cela, c’est le cœur de notre foi, de notre confiance : la mort n’a plus le dernier mot.

Mais cela ne signifie pas une négation de la mort, ni de la peine, du manque, parfois cruel, du vide terrible qu’elle peut créer.

Il faut tenir les deux ensemble : le Christ est mort et il a été réveillé ou relevé de la mort, comme l’écrivent littéralement les textes du Nouveau Testament.

Justement Jésus n’a pas évité, nié ou occulté la mort. Il ne l’a pas cherchée et il a connu une angoisse profonde au jardin de Gethsémané. Il n’a pas été un surhomme sortant de nos limites d’hommes qui pleurent leurs disparus et connaîtront eux-même une fin.

La foi en Dieu qui a ressuscité Jésus, « premier né d’entre les morts », c’est-à-dire qui nous ressuscitera nous aussi, passe d’abord par l’acceptation, avec Dieu, devant Lui, de nos limites.

Tout ce que l’on n’a pas fait pour celui ou celle qui est mort, tout ce que l’on n’a pas pu se dire, tout ce qui est inachevé ou raté, c’est cela aussi notre finitude face à la réalité implacable de la mort. De même que notre peur de souffrir, nos doutes face à l’inconnu absolu.

Le premier pas dans l’espérance de Pâques c’est l’humilité et l’acceptation avec Dieu, devant Dieu, de ce que l’on n’a pas réussi à vivre, à dire… La première emprise de la mort c’est de nous culpabiliser, de nous écraser de remords et de regrets. Pâques c’est donc aussi, poser le fardeau des culpabilités sans fin, ainsi que celui de la peur. Les déposer en Dieu, pour que désormais en nous, dans nos relations, la vie du Ressuscité l’emporte. La prière profonde, la méditation de la Bible, la vie communautaire sont les remèdes de vie que Dieu nous offre.

Si la joie de Pâques peut être si lumineuse et forte, véridique, c’est que nos peines et nos angoisses ne sont pas oubliées mais au contraire placées au centre, transformées, transfigurées par le Souffle Saint, l’Esprit que le Vivant lui-même souffle sur les siens : « Que la paix soit avec vous ! (…) il souffla sur eux et leur dit ; recevez l’Esprit Saint… » Jean 20, 21-22.

Pasteur Françoise Pujol

51. Hiver 2011-2012

« Et toi Bethléem Ephrata, trop petite pour compter parmi les clans de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël (…) Il fera paître son troupeau par la puissance du Seigneur… » Michée 5, 1 et 3

L’insignifiante Bethléem, par rapport à Jérusalem la brillante capitale où David et ses successeurs ont assuré leur pouvoir, est trop petite pour compter, pour être célèbre. Et voilà que le prophète, pourtant, annonce que c’est là que tout va recommencer. Car, ne l’oublions pas, si David fut Roi à Jérusalem, il fut d’abord berger et le plus petit de sa famille, à Bethléem.
Annoncer que le futur gouvernant d’Israël sortira lui-aussi, ou à nouveau, de la petite Bethléem, c’est ramener aux origines, aux modestes commencements, à un roi proche de son peuple. Quand Michée parle, les rois d’Israël ont souvent suivi les voies de la gloire méprisante pour les « petits », celles de l’injustice, de la spoliation même. Ils ont oublié volontiers la Loi de Moïse appelant à la justice sociale pour célébrer les idoles sans exigences de ce côté-là !
Si le prophète critique et condamne souvent, il ouvre aussi l’avenir. Dans la Bible, le dernier mot est toujours à l’espérance : le vrai Roi, le Roi humble qui fera paître son peuple selon la volonté de Dieu va venir.
L’évangéliste Matthieu en reprenant ce texte à propos de la naissance de Jésus nous dit : le voici ! Mais, et c’est très intéressant, il transforme les paroles de Michée : « Et toi Bethléem… tu n’es certes pas le plus petit des clans de Juda…» (Matthieu 2, 6).

Bien que petite aux yeux des hommes, sans pouvoir, sans richesse, Bethléem est pourtant le lieu où naît le Roi des rois, si humble, sans apparence flatteuse, comme la petite Bethléem, et il est pourtant Fils de Dieu. Ce qui est petit, méprisable, qui ne nous attire pas, ce qui est trop petit au regard des hommes se révèle infiniment plus grand, durable, valable pour Dieu. L’homme sans argent, sans pouvoir, le crucifié méprisable, l’enfant sans défense né à Bethléem, voilà l’avenir du monde. Le vrai sens de Noël renverse nos visions du monde, défie les pouvoirs de l’argent, nos injustices et notre échelle de valeur. Le 25 décembre, adorer, célébrer l’homme né à Bethléem implique des choix de vie et de valeurs à l’inverse de ceux de  notre société. C’est aussi affirmer fermement, joyeusement, dans l’espérance que le Règne du Dieu, aimant, et humble, juste et proche vient. Un bon vrai Noël ! La résurrection de Jésus, la nôtre, est une divine surprise !

Pasteur Françoise Pujol


49. Printemps 2011

Je suis le relèvement et la vie  (Jean 11:25)

C’est littéralement ce que dit Jésus à Marthe. Le mot spécialisé de « résurrection » n’existe pas dans la Bible qui utilise, elle, les mots  « réveiller » ou « lever » que  nous traduisons par «ressusciter». C’est au présent : « Je suis ». Ce « Je suis » a d’ailleurs un sens profond. Il est une allusion directe à la parole du Seigneur à Moïse au buisson ardent : «Je suis qui je serai».

L’être de Dieu, pleinement manifesté dans le Christ, c’est la vie-même et l’action de lever, soulever, relever nos existences que beaucoup de réalités abattent, courbent, tuent.

Dans la rencontre avec le Christ, le Vivant, la « résurrection » n’est pas pour l’au-delà. Elle est aujourd’hui, ici et maintenant. Il nous relève quand la mort envahit nos vies par tant de voies : angoisses, maladies, échecs, deuils, découragements ou peurs face à l’actualité de guerres et tsunami, avenir effrayant…
Nous sommes déjà ressuscités.

Voici une comparaison (avec ses limites !) :
Notre vie est comme des années d’études avant d’exercer la profession dont nous rêvons tant.

1-Soit au bout de ces années de labeur, passionnantes et angoissantes aussi, nous échouons à l’examen de fin d’étude. Plus moyen d’exercer la profession si désirée ! C’est le néant après la vie.

2-Soit nous réussissons à l’examen. Ce serait l’image du jugement qui à la fin des temps nous ouvrirait, grâce à nos efforts, la porte d’un nouveau monde, d’un nouveau temps.

3-Soit au cours de nos études, nous recevons une lettre contenant une très bonne nouvelle : notre dossier est retenu ! Quand nous aurons fini nos études nous exercerons la profession ardemment désirée. Par la Bonne Nouvelle du Christ nous recevons dès aujourd’hui l’assurance de la vie en plénitude. Le sens de notre labeur ? Apprendre à aimer ! C’est cela notre profession pour l’Avenir: pas de découragement ou de crainte car cet avenir est ouvert, offert, assuré en Christ relevé qui nous relève toujours à nouveau.

Pasteur Françoise Pujol

 

48. Hiver 2011


Il est sur la paille… 

 

Qui est riche ? Joseph et Marie arrivant à Beth-Léhem,   « La maison du pain », n’auront droit qu’à la paille de l’étable. Dieu vient chez les pauvres.
Jésus est sur la paille.


Mais n’est-il pas la vraie richesse, alors que tout, autour de nous, tente de nous faire croire que plus on a, plus on consomme, plus on est heureux ? 

Surtout à Noël.


Au travers des récits bibliques, il nous est proposé autre chose : la seule richesse qui enrichisse, au lieu de laisser amer et le cœur vide une fois les

lumières de la fête éteintes et la frénésie (des riches) calmée. Il nous est proposé, non pas une société de consommation, mais une société de relation.
Dieu fait alliance.


Dieu entre en relation, il relie, il tisse du lien.


Lui, ne vient pas nous remplir. Il ne comble pas nos manques. Il creuse la soif de dialogue, d’échange. Il vient nous relier à Lui et les uns aux autres. La

relation aux choses et surtout aux autres prend une tout autre profondeur en Celui qui seul crée valeur et sens. Non pas valeur marchande ou commerciale.

Lui, nous ouvre à une autre dimension dont les contours sont gratuité, confiance, espérance, ouverture au don et à la promesse… et donc joie !
Jésus est sur la paille. Méconnu, à l’écart, discret par rapport à nos fêtes coûteuses. Et pourtant vrai pain de vie(Jean 6) offert à chacun dans « la maison du pain ». 


 Françoise Pujol


47. Automne 2010

 

Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu  Romains 15/7  

 

Quand vous lirez ces lignes, le culte de rentrée sera tout proche ou même aura déjà eu lieu, avec cette année, l’accueil de trois nouveaux membres dans notre Église : deux personnes qui sont déjà baptisées et un adulte qui sera baptisé durant le culte. En fait ces « frère et sœurs en Christ », selon l’expression biblique, sont des visages maintenant bien connus depuis deux ans parmi nous !

Réjouissons-nous de ces nouveaux membres, qui se sont sentis accueillis par la communauté. Depuis de nombreuses années l'Église Réformée d’Albi a vu

arriver de nouvelles personnes qui n’appartenaient pas au « sérail protestant » ou en tout cas pas à l’ERF. Les épîtres dans le nouveau testament nous ont

laissé des noms de croyants, que l’auteur salue ou qui saluent avec lui les destinataires de la lettre. Alors, ils me pardonneront, j’ose citer leur nom et

rendre grâce à Dieu pour leur arrivée depuis une décennie environ : Loulou, Mariette, Emmanuel, Michèle, Christian, Auriane, Thierry, Sandrine, Karine,

Prisca, Marc, Édith, Pascale, Ségolène, Amaury, Isabelle, Sophie, Nicole … pour certains, avec leurs enfants. Ces personnes ont été ou sont souvent très

présentes au culte et dans les divers groupes, aux postes de service et de responsabilité aussi.

 

Rendons grâce à Dieu si, ensemble, nous avons un petit peu su accueillir au nom de Jésus-Christ… comme lui même nous a accueillis. Cette capacité à

intégrer des nouveaux est due aussi au fait que les décennies précédentes, déjà, d’autres personnes absolument pas protestantes « de naissance » avaient déjà grossi les rangs de la communauté et impulsé un état d’esprit d’ouverture et d’accueil.


Aux  « nouveaux » nous disons : « À votre tour d’inviter et d’accueillir avec nous, dans votre église, ceux que la Bonne Nouvelle du Christ

interpellera et qui trouveront dans l’ERF une façon actuelle, fraternelle, ouverte de l’interpréter et de la vivre. »


Et encore : un très grand merci au Seigneur, pour les « anciens » fidèles qui, nés dans le Protestantisme, ont fait et font vivre fidèlement notre

Église par leur présence, leur prière, leur dévouement et leurs dons. Merci, parce qu’ils ont su s’ouvrir et accueillir les nouveaux venus. L'Évangile n’est

pas une affaire de tradition et d’identité verrouillée mais au contraire d’accueil sans frontière de tous ceux qui ont soif de rencontrer le Christ. Nous

sommes appelés aussi à nous laisser accueillir et à accueillir lors de rencontres les personnes des autres confessions chrétiennes. En Christ, ne l’oublions

pas,  nous sommes frères et sœurs des chrétiens de toutes les autres églises. 


 Françoise Pujol


46. Été 2010

 

L’unique nécessaire  (Luc 10/38-42)

 

Une seule chose est nécessaire » dit Jésus à Marthe qui fait beaucoup et ne se sent pas bien pour autant. Si une seule chose est nécessaire,   c’est donc que les autres manquent de cette qualité d’être nécessaires.  


Nous faisons beaucoup, courons sans cesse, nous jonglons entre priorités et urgences ou au contraire nous manquons d’activités, de buts. 
Et souvent, comme un sentiment plus ou moins clair, parfois oppressant,  nous ressentons cette impression de manque, d’un non sens à notre course effrénée.

Ou bien, c’est l’arrêt qui nous fait réaliser ce manque qui au fond caractérise nos entreprises humaines. 
L’homme y est naturellement porté mais notre société augmente le leurre : agir toujours plus, tout embrasser, tout maîtriser, posséder comme pour oublier vers où nous allons tous… 


Si une seule chose est nécessaire, tout est singulièrement simplifié !
Il y a un axe, un centre, une orientation pour l’activité. Il y a un chemin, un seul.  


Je laisse la conclusion au pasteur André de Robert : « Il ne faut pas maintenant demander quelle est cette seule chose nécessaire. Je crois bien que nous ne pouvons pas le dire avec des mots. Jésus s’est contenté de l’affirmer : « Tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire ». En écoutant Jésus prononcer ces mots et en considérant sa vie, nous devinons bien que le verbe aimer serait ici à sa place. Mais cela n’est pas une réponse. C’est tout au plus le sens dans lequel il faut chercher. »


 Françoise Pujol 


45. Printemps 2010


Message de Pâques

 

Il y a de la poésie, du merveilleux dans les récits de la naissance de Jésus. C’est un style privilégié pour nous mettre de plain pied avec la joie et l’

inouï de cette réalité : Dieu fait homme.  

                        
La résurrection du Christ est un éclairage tout autre : l’horreur, hélas si courante, du rejet, de l’humiliation et du meurtre d’un homme par les autres, prend soudain un tout autre sens. Il y a plus qu’un assassinat. Les religieux ont cru faire taire un blasphémateur et les autres perdre un maître hors du commun par sa bonté et sa sagesse. Et soudain, on entrevoit dans un éclair indicible que Dieu était en lui ! La croix et la résurrection, ensemble, disent l’amour fou de Dieu. Car Dieu ne peut contraindre l’homme à l’aimer. Il peut tout mais pas cela, car il a lui-même préservé notre liberté.

 

Alors il a conçu cette « folie » de l’amour. « Il « invente » donc l’anéantissement proprement impensable de la croix, afin d’attirer à lui ceux qui le fuyaient dans leur désespoir et leur peur… Il n’est pas demandé d’abord à l’homme d’aimer Dieu mais seulement de se rappeler que Dieu l’aime… Le silence de Dieu s’identifie à son amour, car ce Dieu mendiant attend humblement à la porte de notre cœur que nous lui ouvrions dans une royale liberté. Alors le cœur de l’homme s’éveille, une vie plus vaste que la sienne grandit en lui. Le salut par l’amour… » [1]


Oui, Christ est ressuscité pour toi, pour moi, le jour où notre cœur s’éveille à une vie plus vaste que la nôtre, une vie traversée, habitée par un amour,

une vie venue d’ailleurs et vivante à jamais.


Lumière, joie et espérance !  Christ est ressuscité, espérance de vie pour toute la création… (Romains 6, 18-21).


 Françoise Pujol


 [1] O. Clément résume ainsi la pensée de P. Evdokimov dans L’autre soleil, DDB, 2010, p 157-158.


44. Hiver 2010


Il vous est né aujourd’hui… un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe : … un nouveau-né… dans une mangeoire. Luc 2, 11-12   

 

Il y a de la poésie, du merveilleux dans les récits de la naissance de Jésus. C’est un style privilégié pour nous mettre de plain pied avec la joie et l’

inouï de cette réalité : Dieu fait homme.    

                      

Mais Luc fait passer un autre message théologique: la faiblesse paradoxale de Dieu.

 

Les bergers reçoivent l’annonce de la naissance d’un Sauveur, Messie, Seigneur, titres de grandeur politique ou religieuse. Et paradoxalement, juste après,  le signe donné est dérisoire, minable : un bébé dans la mangeoire d’une étable ! Luc ne donne pas une touche rustique et bucolique à son récit. Il nous dit : c’est l’enfant de pauvres, d’anonymes dans l’immense Empire romain. Et c’est tout ce que les bergers verront.


Mais la révélation du messager (c’est le sens du mot « ange »), autrement dit, la révélation de Dieu, va éclairer désormais leur route. Aussi, là où les

autres ne verront qu’un fait banal, eux discernent l’œuvre de Dieu. Et ils en témoignent auprès des autres, Marie et Joseph en premier.   

               

Dans la Bible, par la prière, en nous parlant par l’Esprit Saint, Dieu donne un sens tout autre à ce que nous vivons. Il nous fait discerner sa présence, son

amour dans d’humbles réalités, sa force paradoxale dans la faiblesse d’un amour qui s’offre et s’expose.                                                     

  

Les bergers étaient libres d’aller voir. Ils ont entendu et ils ont cru. Alors, dans l’ordinaire, ils ont distingué l’extraordinaire de la présence de Dieu.

La joie de Noël et la lumière dans la nuit seront aussi pour nous si l’écoute d’une parole venue d’ailleurs éclaire nos journées les plus ordinaires. Parole

d’amour, d’accueil et d’espérance (« Paix pour les hommes, les bien-aimés de Dieu » Lc 2, 14) à partager, à offrir : le plus beau des cadeaux de Noël.


 Françoise Pujol

 

43. Automne 2009


Prier ou agir ?  (Marc 1, 35-39)  

 

« Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert ; là il priait. » (Marc 1, 35).


C’est le deuxième jour de son ministère, d’après l’Évangile de Marc. La première journée a été riche en actions : appel des quatre premiers disciples,

enseignement, guérisons. Alors, nous disons : il se ressource pour agir le deuxième jour, pour rester en communion avec son Père. Ce n’est pas faux et déjà nous devrions en tirer toutes les conséquences pour nos propres journées et pour ce temps de rentrée. Si Jésus lui-même a besoin (ou plutôt a soif) de retourner à la source, cela n’est-il pas indispensable pour nous ?
Mais le texte va beaucoup plus loin. La prière n’est pas seulement préparation à l’action. Elle est acte par elle-même, suprême action qui organise,

détermine, oriente, réoriente toutes les activités à venir. Dans le verset qui suit, il nous est dit que Pierre poursuit Jésus (pour ne pas dire le

« pourchasse ») avec ses compagnons et ils insistent : « Tous te cherchent ! », une pointe de reproche dans la voix peut-être. Un tel succès, tant de choses à faire, de malades à guérir encore, là où on était hier, vite, il faut y retourner ! Et bien non ! La prière va donner naissance à d’autres actes, dans un autre état d’esprit et ailleurs. Jésus dit en effet : « Allons ailleurs… pour que je proclame la Bonne Nouvelle. » La prière conduit réellement les pas dans  une autre direction. La prière est l’activité suprême car elle est activité du monde nouveau, action du Royaume.


En effet, dans ce passage, Marc multiplie les discrètes allusions à la résurrection: « Au matin, à la nuit noire… » l’expression est presque mot pour mot celle du matin de Pâques (Marc 16, 2). Jésus « se lève » : c’est le mot même de la résurrection dans l'Évangile. Les disciples le cherchent comme les femmes cherchent le corps disparu de la tombe, et Jésus renvoie vers un ailleurs. En Marc 1, il annonce qu’il va prêcher dans les autres bourgades. Au matin de Pâques le jeune homme en blanc renvoie vers la Galilée. La prière fait advenir le monde nouveau de la résurrection, ici et maintenant, ce qui ne signifie pas passivité pour l’être humain, mais au contraire une activité tout autre, littéralement réorientée, pour ne pas dire transfigurée.

Plus question, comme le voudrait Pierre pour Jésus, de s’activer toujours et encore, de s’imposer par ses actes. Notre action, nos réussites surtout,

risquent toujours de nous leurrer en nous faisant croire que le tout de notre vie est là, que nous nous suffisons à nous-mêmes, que nous changerons le monde à la seule force de nos bras. Jésus au contraire est tendu vers le Père. Sa prière est écoute, ouverture vers un Tout-Autre. Jésus guérira encore d’autres malades mais il ne succombe pas au piège du succès, de la tout-puissance, de la prise de pouvoir sur les foules affamées de guérison. Il ne s’agit pas seulement de remettre à Dieu nos projets, mais de laisser notre action être réorientée par la Parole qui surgit d’une écoute priante des mots de la Bible.


La prière est fondamentalement ce « lieu »  de discernement où nous nous laissons travailler intérieurement pour un travail autre, renouvelé, déplacé au cœur du monde. Dans notre époque de vitesse et d’activités débordantes, si nous ne le faisons pas, qui le fera ?


 Françoise Pujol


41. Printemps 2009


Petite méditation de Pâques  à partir de Jean 20, 1 à 16 

 

Le plus grand ébranlement du monde ne fait pas de bruit.
Le centre lumineux de notre espérance n’éblouit pas d’emblée.
Jésus a été relevé de la mort.


Dieu vient le murmurer au cœur de nos vies et non l’asséner, l’imposer,
le prouver….


 « Femme, pourquoi pleures-tu ? »

Dieu lui-même t’interroge sur ce que tu n’oses dire à personne, ce que tu te masques à toi-même peut-être et ce qui ne peut  se dire tant l’angoisse est forte: la grande solitude,  la peur de la mort,  l’anéantissement devant la souffrance d’un autre,  le temps qui défait,  l’

absence de celui ou celle qui n’est plus…
Dieu ne le nie pas.
Dieu te parle. En fait,  il t’offre de t’ouvrir à lui.


« Femme, pourquoi pleures-tu ? »
Et il écoute, comme personne…. « Marie! », Ici chacun peut entendre son prénom,  et plus même,  un appel au delà de tout mot, un appel qui touche le cœur de l’être.


Et soudain, mais parfois au terme d’un long chemin, c’est le grand ébranlement, la lumière sur toute peine : il a vaincu,  pour toi,  pour moi,  mort,  décomposition,  douleur,  solitude,  non-sens…

 

Pour toujours, Il est. Et à « Marie », à moi, à toi  «      », il offre sa vie comme une présence chaque jour,  ici,  et comme une promesse pour toujours.

« Elle se retourna (vers la Vie, la lumière, l’espérance,… vers Lui…) et lui dit : Maître ! »


Marie est ressuscitée !


Pasteur Françoise PUJOL


40. Hiver 2009

 

2009 Année Calvin   


Nous commémorons en cette année 2009, le 500ième anniversaire de la naissance du Réformateur français Jean Calvin (1509-1564). Adepte des idées réformatrices de Luther, Calvin, ayant dû fuir les persécutions dans le Royaume de France, développa à Genève une pensée théologique personnelle et posa les bases de l’organisation des églises dites aujourd’hui « réformées », comme la nôtre. Calvin n’est pas « notre Saint » et l’Eglise doit sans cesse se réformer. Mais la pensée de Calvin, contestable sur certains points, peut nous stimuler sur d’autres. Pour découvrir quelques aspects de sa pensée et leur modernité, voici des extraits du petit, mais fort instructif, livret de Jérôme Cottin Jean Calvin et la modernité de Dieu. 1509-1564 (Editions du Signe) :
"L’action de Calvin est dirigée par une utopie : il veut réaliser sur terre une cité céleste. Il veut bâtir la Cité de Dieu, une sorte de ville-Église. Il cherche à mettre en pratique son idéal d’une vie sainte, communautaire, pieuse et studieuse. La foi chrétienne doit être pratiquée par tous et doit englober tous les aspects de la vie personnelle et communautaire. La réalisation de cet idéal échouera en partie : dans les faits, Calvin instaure un régime d’ordre moral, où tout écart de conduite est suspecté. Mais cet idéal d’une vie communautaire centrée autour de l’éducation, du partage et de la célébration, reste la vocation de tout chrétien (….) On peut retenir de cette utopie cette idée très actuelle : le chrétien ne doit pas simplement témoigner de sa foi à l’intérieur de l’Eglise, mais aussi dans le monde là où il travaille et où il vit au quotidien. » (p 29-30)


Calvin insiste sur l’importance du Saint-Esprit dans la foi. Le croyant reçoit une force permanente qui lui vient de Dieu (…). Cet Esprit le transforme de

l’intérieur, le renouvelle de jour en jour.(…) Cet aspect vient relativiser sa vision pessimiste de l’être humain. Par l’Esprit de Dieu, le croyant vit une vie renouvelée, une sorte d’anticipation du Royaume (…). Il ne s’agit alors pas d’attendre les bras croisés la fin du monde ou le jugement de Dieu, mais au contraire d’agir dès maintenant pour changer ce monde. Il s’agit de montrer de manière visible, par des actions justes et bonnes, la puissance de transformation de l’Esprit-Saint. D’où l’engagement du protestant réformé pour construire un monde plus juste et plus beau. (p 44-45)


Calvin développe également une pensée et une action sociale et économique au service de la ville de Genève. Il contribue à l’enrichissement économique de la ville en faisant en sorte que l’argent serve l’intérêt public.(…) Il combat les discriminations sociales. Il introduit une réglementation dans le travail,

contribue à revaloriser les salaires, lutte contre le luxe et le chômage, crée des emplois. Pour lui l’argent est bénéfique, s’il est utilisé pour le bien de tous et pour l’enrichissement du plus grand nombre. L’injustice sociale n’est pas une donnée naturelle, elle est le fruit du péché humain : il faut alors la combattre. On peut dire que Calvin est à l’origine d’une pensée sociale moderne." (p 36-37)


Quelle joie, quand un chercheur de Dieu me donne ou redonne envie de lire la Bible, de prier, d’aller au culte, oui, « qu’elle joie quand on me dit : allons

à la maison du Seigneur ! »


Pasteur Françoise PUJOL


39. Automne 2009
« Quelle joie quand on m’a dit : allons à la maison du Seigneur ! » Ps. 122.1

 

Le Ps 122 est le troisième des quinze cantique des montées, ces chants que les fidèles entonnaient en montant en pèlerinage à Jérusalem. Les deux premiers sont à la première personne du singulier: « Dans ma détresse, j’ai appelé le Seigneur (Ps 120,1) , « Je lève les yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours ? «  (Ps 1321, 1). Le troisième est collectif : « Allons à la maison du Seigneur ! »


S’étant mis en route vers la ville sainte, vers Dieu, le fidèle se retrouve en compagnie de frères, unis dans le même désir, la même joie: marcher vers Dieu, chercher le Seigneur.


Il était isolé et dans un environnement hostile, le voilà porté par des sœurs, des frères. Lui-même, peut-être sans le savoir, sans même s’en rendre compte

est aussi un encouragement pour eux, parce qu’il marche habité par le même désir de Dieu. Ensemble, ils vont intercéder pour la paix, qui en hébreu est bien plus que l’absence de conflits. Le shalom, c’est une plénitude de vie, la prospérité économique autant que de bonnes relations entre les hommes.
Je vois dans cette prière des pèlerins, l’image de notre vie communautaire : ensemble chercheurs de Dieu et de justice sociale et économique, autant que de paix et d’unité,  nous ne sommes plus seuls mais en communauté fraternelle. Les autres sont précieux pour me soutenir dans cette marche qui est avant tout intérieure : approfondissement spirituel qui nous fait avancer, chacun, pas à pas dans les profondeurs du cœur de Dieu et nous lie d’autant plus aux autres…


Et dès le début de la marche la joie est là ! Chercher Dieu ensemble, même si chacun en est à une étape différente, est un bonheur, une joie.


Quelle joie, quand un chercheur de Dieu me donne ou redonne envie de lire la Bible, de prier, d’aller au culte, oui, « qu’elle joie quand on me dit : allons

à la maison du Seigneur ! »


Pasteur Françoise PUJOL

 

38. Été 2008


« Dieu lui ouvrit les yeux et elle vit un puits d’eau… » Gn 21, 19


Agar chassée au désert avec son enfant est dans une situation critique qui suscite son désespoir. Dieu, pour la sauver, ne fait pas apparaître un puits

miraculeusement, mais il lui ouvre les yeux; alors, elle voit le puits.


Dans les situations qui paraissent sans issue, les vies sans avenir, Dieu vient ouvrir les yeux sur ce qui permet d’avancer. Il nous donne de voir autrement,

de voir ce qui est indispensable, concret, nécessaire, ici et maintenant dans notre malheur ou dans la situation difficile que nous traversons. Ainsi, on peut dire qu’en nous faisant trouver l’issue matérielle indispensable, Dieu nous redonne vie, il nous abreuve. L’amour c’est du concret ! Accepter que Dieu

nous sauve d’une voie sans issue, c’est laisser sa Parole ouvrir nos yeux, aveuglés par la crainte ou l’angoisse.


C’est sûr, il y a un puits, quelque part dans ton désert.


                                                                           Pasteur Françoise PUJOL


37. Printemps 2008


Evangéliser, nous ?

 

« Allez maintenant annoncer l’Évangile en paroles et en actes… ».
C’est une phrase d’envoi à la fin de notre liturgie officielle (Synode national 1996 de Mazamet « Culte dominical 2 »). Nous savons et répétons que nous

avons à être témoins de Jésus-Christ, propagateur de la Bonne Nouvelle, mais nous nous sentons souvent impuissants. J’ai été frappée des remarques faites à ce sujet lors du congrès d’Agen sur les projets de vie des églises de la région. Souvent les personnes disaient la faiblesse de leur témoignage individuel ou le peu de succès de ce témoignage.


Mais n’avons-nous pas à témoigner aussi en communauté, ensemble ? Et n’est-ce pas plus facile et tellement réjouissants ? Lors de notre premier cycle d’animations tout public sur la prière, à l’automne 2006, j’avais trouvé très fort de voir les visages des habitués du culte, ensemble, au service de ceux qui

venaient à nous. Nous nous retrouvions entre membres fidèles mais plus pour rester entre nous, mais pour accueillir « ceux du dehors ». Cette évangélisation, osons le mot, en commun, est un des axes forts de notre projet de vie. Lors de la dernière Assemblée Générale [en février 2008] le conseil a entendu combien les « temps forts » autour du thème  « Dieu a-t-il peur des femmes ? » avaient été riches et appréciés. Certes l’apport individuel, personnel est indispensable. Mais il s’agit surtout d’inviter, de proposer à ses connaissances, amis, voisins de venir écouter une conférence, de participer à une célébration artistique, de découvrir en toute liberté un culte où l’on invite largement, de se joindre à un groupe de maison… Ensuite, nous sommes à plusieurs pour accueillir, répondre aux questions, inviter à une autre manifestation…


Un début de dynamique s’est créé, osons poursuivre ! Je vous glisse à l’oreille notre culte « portes ouvertes » ou « culte où l’on invite » . Chaque

culte dominical est ouvert à tous, mais il peut être plus simple pour une personne qui découvre le Protestantisme de venir un jour où d’autres « nouveaux » se joignent au petit troupeau de fidèles. Invitons et soyons tous prêts à accueillir. Et n’oublions pas : chacun, même au fond de son fauteuil peut prier pour que notre témoignage porte du fruit.


                                                                           Pasteur Françoise PUJOL
 

37. Noël 2007

 

« Hérode donna l’ordre de tuer tous les garçons… » Matthieu 2, 16.

 

Ce verset est rarement utilisé pour évoquer Noël, au risque de faire de cette fête quelque chose de plus en plus mièvre, insipide et uniquement commercial.

Or, comme l’écrivait  Édith Stein : « Le mystère de l’incarnation et le mystère du mal sont étroitement liés. A la lumière descendue du ciel s’oppose, d’autant plus sombre et lugubre, la nuit du péché. » (1)


Le message de Noël, de ce fait, n’est jamais assimilable à la société qui tente de le neutraliser en le récupérant, à notre époque en le commercialisant.

Dans ce cas, Noël ne change rien et ne fait que redire la rengaine de la consommation et mettre en évidence les inégalités scandaleuses habituelles: des enfants submergés de cadeaux pour une immense majorité dans le dénuement.


Les évangélistes Matthieu et Luc, eux, nous montrent des réactions contrastées, des choix de vie : il y a ceux qui accueillent l’enfant, des marginaux et des étrangers en fait, et ceux qui lui sont indifférents ou hostiles, les religieux et Hérode, l’homme de pouvoir.


Noël sera pour nous « bonne nouvelle » si nous y entendons une offre gratuite d’amour et de véritable lumière sur le fond bien réel des obscurités de notre terre.  Vouloir les occulter par quelques jours de lumières artificielles nous laisserait, début janvier, désemparés et seuls face aux réalités oubliées

facticement. A nous de saisir un sens et une orientation de vie dont les maîtres mots sont : joie profonde, simplicité, dépouillement, partage et don gratuit de soi, de ses biens, par reconnaissance.


Édith Stein concluait : « Devant l’Enfant de la crèche, les esprits se divisent. Il est le Roi des rois, le maître de la vie et de la mort. Il dit : « Suis-moi », et qui n’est pas pour lui est contre lui. Il nous le dit à nous aussi et nous met en demeure de choisir entre la lumière et les ténèbres. »


                                                                           Pasteur Françoise PUJOL
 
(1) Édith Stein Le mystère de Noël. Philosophe d’origine juive, convertie au catholicisme. Elle est morte à Auschwitz en 1942.

 

35. Automne 2007

 

Ruth, étrangère, femme de la Bible….
…doublement dans l’actualité pour nous donc !


En effet, le livre de Ruth, situé au temps des Juges, est en fait un écrit en réaction à la politique d’Esdras et de Néhémie au retour de l’exil à Babylone.

Il est décidé de renvoyer les épouses moabites (étrangères) et leurs enfants. Face à cette conception fermée, protectionniste, craintive et inhumaine vis-à-

vis  des voisins étrangers immigrés, l’auteur de Ruth, développe l’image positive, ouverte, généreuse d’une femme moabite, Ruth, qui choisit la foi d’Israël.

 

Booz est son pendant côté juif : un homme de cœur qui accueille l’étrangère et la fait entrer dans son peuple. Elle sera ainsi l’arrière grand-mère du roi

David ! C’est comme un pied de nez aux intransigeants de la pureté du peuple et de sa foi !
 
Au-delà des questions sociales et économiques difficiles, quelle image de l’étranger est véhiculée actuellement ? La peur de celui qui est différent n’est-

elle pas en train de primer largement sur le souci élémentaire de la dignité humaine ? L’intégration, l’apport positif des immigrés ne sont-ils pas occultés

au profit des seuls réflexes de peur ? Qui sont aujourd’hui en France les plus petits de nos frères dont le Christ s’est fait solidaires ? Je vous renvoie au

message de la Fédération Protestante de France ci-joint.

 

L’actualité de Ruth, pour nous communauté ERF d’Albi, c’est aussi notre sujet des temps forts de l’année 2007-2008: « Dieu a-t-il peur des femmes ? ». Car, là aussi, à voir la pace faite aux femmes dans les religions monothéistes, christianisme y compris, pendant des siècles et aujourd’hui encore, on peut se demander si la peur n’a pas largement prévalu sur la confiance. [...] C’est à chacun de nous de se sentir acteur, engagé dans notre projet de vie axé sur l’ouverture et le témoignage.

 

Pasteur Françoise PUJOL


33. Pâques 2007

 

Tenir les deux bouts de la résurrection !


Ressusciter, c’est ici et maintenant !

 

Ce n’est pas « après », « au-delà ». Ce n’est pas une consolation à attendre passivement, une revanche ou un prolongement des bons moments. La résurrection c’est d’abord la contestation de tout ce qui diminue, défigure, fait souffrir. Jésus a vécu en ressuscité : en lien profond et constant avec son Père, il s’est engagé pour Dieu, guérissant et nourrissant les corps et les esprits… On peut au contraire n’avoir jamais vécu avant de mourir : se replier sur soi ou juste les siens, accumuler, chercher la gloire, quitte à écraser, vouloir oublier dans le divertissement ou l’activisme permanents, c’est être dans l’esclavage de la mort. Oser prendre le risque d’aimer sans restriction, s’en remettre au Dieu d’amour en reconnaissant nos impuissances, dire des mots qui relève l’autre, c’est être entré dans le sillage du Ressuscité, ici et aujourd’hui !

 

Ressusciter c’est pour plus tard, aussi !

 

Mais toujours en fonction de ce qui a été vécu durant l’existence. Le temps de la décision c’est maintenant : il s’agit de saisir l’offre de vie. Le Saint

Esprit, en nous, constitue les arrhes de la plénitude à venir. Car il y a bien un « à venir ». Pour la Bible le mal et la mort, scandales douloureux pour

Dieu, sont vaincus réellement. Oser le proclamer risque de nous faire passer pour des illuminés; mais spiritualiser la résurrection, mettre uniquement notre

espérance en Christ pour cette vie-ci, c’est nier le réalisme et l’espérance bibliques. La Bible proclame la résurrection de la personne (et non la survie de

l’âme : ceci, redisons-le, n’est pas biblique !!). En recevant 1 Corinthiens 15, entres autres,  je crois en la résurrection, saisie dans cette vie-ci et qui

s’épanouira en plénitude quand le Dieu d’amour sera tout en tous.


Que nos vies chantent en actes et en paroles un merci  infini au Christ : en assumant notre mort, il  nous a ouvert dès maintenant les portes de la vie, à

jamais !


Pasteur Françoise PUJOL

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