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• Le chant, rien que le chant, mais un chant d'assemblée
Chant des fidèles, monodique et a capella : «la voix de l'homme est bien plus excellente que tous les instruments de musique qui sont des choses mortes» (CALVIN) Les fidèles ne délèguent ni à un instrumentiste, ni à un chantre le soin de louer ou de prier Dieu par la musique. Toute l'assemblée chante et chante tout : c'est pour cela que le cantique protestant (psaume réformé ou choral luthérien) est sans refrain (alors que le cantique catholique à refrain ou en répons, héritier de la tradition ambrosienne, permet d'alterner officiant ou chantre et assemblée).
Y aurait-il une différence entre musique protestante et musique catholique? Voici ce qu'écrit Bernard Raymond: "En première et sommaire approche, on pourrait dire que, traduite en musique, la mystique catholique accuse volontiers des accents plus féminins ou plus attendris que la piété protestante, plus mâle dans son inspiration… la musique religieuse d'inspiration catholique aime se faire enveloppante, maternante même… la musique de frappe protestante serait davantage portée à placer les fidèles devant des affirmations les incitant à des choix et des décisions personnelles".
• Les psaumes
A la différence des luthériens (cantiques et chorals) les réformés n'ont chanté durant trois siècles que les seuls psaumes, et quelques rares cantiques empruntés aux écritures (Décalogue, cantiques de Moïse, de Siméon et de Marie). Le Psautier (contenant l'intégralité des 150 psaumes adaptés par Clément Marot et Théodore de Bèze) a été très longtemps le seul recueil de chants utilisé dans les églises réformées (Psautier de Genève).
Le chant, ce sont d'abord des paroles, intelligibles (dans la langue vernaculaire), et une mélodie au service de ces paroles (pas de mélismes, une mélodie facile à retenir et à chanter, une syllabe par note, un ambitus ne dépassant pas l'octave). Le psaume était chanté en entier (y compris le psaume 119, le plus long) et sans lenteur, à l'unisson (les harmonisations à plusieurs voix « note contre note » ou en contrepoint fleuri étant réservées au chant à la maison). Le chantre avait pour fonction, non de chanter en alternance avec l'assemblée, mais d'entonner et de faire entendre la mélodie afin que toute l'assemblée puisse la mémoriser. D'où l'absence d'orgues dans les temples réformés français et suisses jusqu'au milieu du 18e siècle (Calvin a qualifié cet instrument de « cornemuse du diable ») Le seul pays calviniste qui ait fait exception à cette austérité musicale fut les Pays-Bas où des orgues étaient présents dans les églises réformées.
• Psaumes et cantiques, orgues et harmonium
Le romantisme a fait entrer la musique dans les temples, le « Réveil » y a introduit les cantiques : une hymnologie abondante est née au 19e siècle, pas du meilleur goût musical, mais sur des mélodies entraînantes. Les églises de campagnes se sont dotées d'harmonium pour remplacer les chantres, mais la difficulté pour jouer vivement a souvent provoqué l'affadissement du chant d'assemblée
• Aujourd'hui
La musique figurée a été intégrée au culte, sous forme de jeux d'orgue au début du culte, après la prédication, lors de la collecte, et à la sortie. La musique conduit dans la méditation, la prière personnelle. Mais le chant d'assemblée a pris une part plus grande dans la liturgie : utilisation de répons appelés chants spontanés (les mêmes chaque dimanche du même temps liturgique) , cantiques issus de traditions protestantes différentes (chorals luthériens, chants du Réveil, chants d'églises évangéliques) et contenus dans des recueils communs à plusieurs églises (« Louanges et Prières » en 1938, auquel a succédé « Nos Cœurs Te Chantent » en 1977, puis « Alléluia » en 2005, recueils communs à toutes les églises de la FPF ; ou d'autres recueils, d'initiatives locales, intégrant également de nombreux chants catholiques ("Arc-en-Ciel" est l'un des plus connus) . On conçoit la difficulté de composer aujourd'hui des œuvres originales et de bonne facture, facilement chantables par une assemblée dont les membres ont des goûts et des cultures musicaux différents.
Il faut souligner la parution en 1995 d'un Psautier français (Réveil publications, éditeur) sous l'égide de la Fédération Musique et Chant de la Réforme, reprenant dans une paraphrase modernisée dûe à Roger Chapal, l'ensemble des 150 psaumes avec les mélodies des Psautiers de Genève et de Lausanne qui ont "franchi allègrement les siècles". En introduction et en annexes du psautier français figurent des très intéressants articles sur les psaumes et le chant d'assemblée, l'histoire du Psautier, la musique du Psautier.
B.T.
Sources et références
* Bernard REYMOND. Le Protestantisme et la musique; Labor & Fides, Genève, 2002. * Une importante bibliographie figure dans l'ouvrage d'Edith WEBER. La Musique protestante de langue française; Paris, Honoré CHAMPION,1979. |
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Voir aussi :
Chants spontanés
Musique(s) protestante(s) |