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© 2008 Bernard Tournier

Pseaulme Vingtdeuxiesme

Deus meus respice in me, quare dereliq.

Argument: Prophetie de Jesuchrist, en laquelle David chante d'entrée sa basse et honteuse dejection: puis l'exaltation et l'estendue de son royaulme jusques aux fins de la terre, et la perpetuelle durée d'icelluy. Pseaulme propre pour chanter à la passion du redempteur.

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'as tu laissé,
Loing de secours, d'ennuy tant oppressé,
Et long du cry, que je t'ay addressé
En ma complaincte?

De jour, mon Dieu, je t'invocque sans faincte,
Et toutesfoys ne respond ta voix saincte:
De nuict aussi, et n'ay, de quoy estaincte
Soit ma clameur.

Helas, tu es le Sainct, et la tremeur,
Et d'Israel le resident bonheur,
Là où t'a pleu que ton los, et honneur
On chante, et prise.

Noz Peres ont leur fiance en toy mise,
Leur confiance ilz ont sur toy assise:
Et tu les as de captifz, en franchise
Tousjours boutés.

A toy criants, d'ennuy furent ostés,
Esperé ont en tes sainctes bontés,
Et ont receu, sans estre reboutés,
Ta grâce prompte.

Mais moy, je suis ung verm, qui rien ne monte,
Et non plus homme, ains des hommes la honte:
Et plus ne sers que de fable, et de compte
Au peuple bas.

Chascun qui voit comme ainsi tu m'abas,
De moy se mocque, et y prend ses esbas:
Me font la mouë: et puis hault, et puis bas,
Hochent la teste.

Puis vont disant: Il s'appuye, et s'arreste
Du tout sur Dieu, et luy faict sa requeste:
Donc qu'il le saulve, et que secours luy preste,
S'il l'ayme tant.

Si m'as tu mys hors du ventre pourtant:
Causes d'espoir tu me fus apportant:
Des que j'estoys les mammelles tetant
De ma nourrice.

Et qui plus est, sortant de la matrice,
Me recueillit ta saincte Main tutrice,
Et te monstras estre mon Dieu propice
Des que fus né.

Ne te tien donc de moy si destourné:
Car le peril m'a de pres adjourné:
Et n'est aulcun par qui me soit donné
Secours ne grâce.

Maint gros Taureau m'environne, et menace:
Les gros Taureaux de Basan terre grasse,
Pour m'assieger m'ont suivy à la trace
En me pressant:

Et tout ainsi qu'ung Lyon ravissant,
Apres la proye en fureur rugissant,
Ilz ont ouvert dessus moy languissant
Leur gueule gloute.

Las, ma vertu comme eau' s'escoule toute,
N'ay os qui n'ayt la joincture dissoulte:
Et comme cire en moy fond goutte à goutte
Mon cueur fasché.

D'humeur je suis comme tuylle asseiché:
Mon palais est à ma langue attaché:
Tu m'as faict prest d'estre au tumbeau couché,
Reduict en cendre.

Car circuy m'ont les chiens pour me prendre:
La faulse trouppe est venue m'offendre,
Venue elle est me transpercer, et fendre
Mes piedz, et mains.

Compter je puis mes os du plus au moins:
Ce que voyants les cruelz inhumains,
Touts resjouys me jectent regards maints,
Avec risée.

Jà ma despouille entre eulx ont divisée:
Entre eulx desjà ma robbe deposée
Ilz ont au sort hazardeux exposée,
A qui l'aura.

Seigneur, ta main donc ne s'eslongnera:
Ains par pitié secours me donnera:
Et s'il te plaist, elle se hastera,
Mon Dieu, ma force:

Saulve de glaive, et de mortelle estorce,
Mon âme, helas, que de perdre on s'efforce:
Delivre la, que du Chien ne soit morse,
Chien enragé.

Du Leonin gosier encouragé
Delivre moy: responds à l'affligé,
Qui est par grands Licornes assiegé
Des cornes d'elles.

Si compteray à mes freres fideles
Ton Nom treshault: tes vertus immortelles
Diray parmy les assemblées belles,
Parlant ainsi:

Vous craignants Dieu, confessez le sans si:
Filz de Jacob, exaltez sa Mercy:
Crains le tousjours toy d'Israel aussi,
La race entiere:

Car rebouté n'a l'humble en sa priere,
Ne destourné de luy sa Face arriere:
S'il a crié, sa bonté singuliere
L'axaulcé.

Ainsi ton los par moy sera haulsé
En grande trouppe: et mon voeu jà dressé
Rendray, devant le bon peuple amassé,
Qui te craint, Sire.

Là mangeront les paovres à suffire,
Beneira Dieu, qui Dieu craint, et desire,
O vous ceulx là, sans fin (je le puis dire)
Voz cueurs vivront.

Cela pensant, touts se convertiront
Les boutz du monde, et à Dieu serviront:
Brief, toutes gens leurs genoulx fleschiront
En ta presence.

Car ilz sçauront qu'à la divine essence
Seulle appartient Regne, et magnificence:
Dont sur les gens seras par excellence
Roy conquerant.

Gras, et repeuz te viendront adorant:
Voire le maigre à la fossé courant,
Et dont la vie est hors de restaurant,
Te donna gloire.

Puis leurs enfants à te servir, et croire
S'enclineront: et en tout territoyre
De filz en filz il sera faict memoyre
Du Toutpuissant.

Tousjours viendra quelcun d'entre eulx yssant,
Lequel au peuple à l'advenir naissant,
Ira par tout ta bonté annonçant
Sur moy notoyre.


Clément MAROT


Mélodie originale:
Psautier de Genève,1542
Harmonisations:
d'après Claude GOUDIMEL

Psaume 22